CHAPITRE   I

 

PROBLEMES INHERENTS A LA SURDITE

 

La surdité congénitale ou acquise entraîne un manque de communication qui se matérialise non seulement par la difficulté à s’insérer dans le milieu familial et social , mais aussi par des comportements de retrait de l’environnement (nervosité  et agressivité ou au contraire enfermement)

 

A)  pourquoi ces comportements?

même si le sourd connaît l’utilisation de son environnement , il n’a pas les mots pour le dire “ .Sa pensée est d’autant plus axée sur la vue et le toucher que son expression naturelle est le geste  . La communication avec sa mère et  .ses proches se fait par gestes et leur compréhension est bonne . Mais c’est une communication   “à deux “ , dés que l’ enfant sort de cette relation ,la communication est très difficile ,  son mode de pensée est différent de celui de l’entendant qui a le support des mots pour s’exprimer. .Le problème est d’autant plus gênant que la déficience auditive est importante . Le sourd se trouve souvent dans des situations qu’il ne comprend pas , non par manque d’intelligence mais par manque d’informations . N’ étant pas habitué à analyser une situation ,à se poser les questions essentielles (et à les poser)  pour la décrypter , il agit par impulsion et ne peut faire le lien entre différentes situations . Les questions  “le pourquoi “d’une situation  et “comment la résoudre” lui échappent .

Pendant longtemps ,on a estimé que la surdité empéchait l’enfant d’acquérir la pensée  abstraite( telle que nous ,entendants ,la comprenons) et qui d’après Piaget  apparait avant le langage .Il souligne que l’enfant apprend par l’action ou par la relation avec l’objet .L e petit sourd suit le meme parcours mais le processus de verbalisation qui normalement l’accompagne lui manque ,donc il n’apprend pas les mots qui lui permettraient d’exprimer ses connaissances et de les manipuler oralement d’ou un défaut de communication porteuse de sens qui l’amènerait à étudier les situations et à négocier les obstacles pour arriver au but souhaité .Tant que l’enfant sourd est dans son environnement familial ou un proche l’aide à comprendre en le dirigeant ,il peut réaliser la tache  . Mais , sorti de son cocon , il est désorienté  par le manque de compréhension des entendants  :il se sent rejeté et donc rejette à son tour , soit d’une manière violente et agressive ,soit en se refermant sur lui-meme. Ces deux attitudes sont des moyens de défense vis à vis d’un entourage qu’on ne comprend pas et qui ne vous comprend pas . Pour  résoudre ses difficultés ,il manque au sourd “les mots” . Il vit dans une societé qui communique avec des “mots” et lui n’a pas les outils nécessaires ; Le déficient auditif enregistre des images  plaquées  sur une situation sans en connaitre la signification orale .Ces images ne sont pas transférables sur une situation similaire IL n’a pas de repères dans le temps et l’espace lui permettant de se programmer  Il ne vit que la situation présente  par exemple il a des difficultés à calculer le  temps nécessaire pour aller d’un point à un autre  . De ce fait le déficient auditif n’arrive pas à s’organiser puisqu’il ne connait pas les liens qui unissent les divers éléments qui jalonnent la vie quotidienne . Il se trouve dans la situation de quelqu’un à qui l’on demande  “de faire sans comprendre” ,il n’a pas de stimuli pour lui donner le besoin de chercher le “pourquoi” d’une tache , ni le “comment” de sa réalisation . La médiation peut l’amener à comprendre l’importance des questions suivantes ,nécessaires pour résoudre une tache :“ pourquoi “, “comment “ , “par rapport à qui et à quoi”

 

B) Conséquences de ce défaut de langue orale

En résumé ,il n’apprend pas à” réfléchir” (comme les entendants mais il a son mode de réflexion) ,il ne relie pas les situations entre elles et ne voit pas le lien entre le passé et le présent , il est donc perturbé pour se situer dans la société  .Il reste dans “le présent” avec des images plaquées sur des situations ponctuelles ,dont il ne peut tirer aucune généralisation ,transférables sur des situations similaires  ; pour trouver sa place dans l’espace ,il faut se poser deux questions  :

PAR RAPPORT à QUOI   ?     PAR RAPPORT à QUI ?

ces questions permettent d’acquérir la notion de relativité ,et donnent des informations sur l’évolution d’une situation dans le temps et l’espace ces questions que l’entendant se pose inconsciemment ne font pas partie du mode de pensée du déficient auditif ,ce qui entraîne des malentendus avec son entourage ,une incompréhension de la “loi” ,et des interdits et des sanctions qui en découlent .Il se sent incompris et rejeté . Il faut éveiller chez l’apprenant le besoin de chercher le “pourquoi” des taches et le “comment “ les réaliser . Il doit apprendre à utiliser une situation antérieure pour résoudre le problème actuel. .L’intelligence du déficient auditif n’est pas en cause (dans la majorité des cas ) ; comme Rosine Debray l’indique dans “apprendre à penser” ,les conduites intelligentes peuvent s’apprendre par le maternage , ensuite à l’école ou elles s’intègrent aux apprentissages de la  lecture et du calcul L’élève sourd ,gêné par son handicap ne sera pas assez stimulé  ,il démissionnera .

Il manque de confiance en lui puisque ses efforts pour se faire comprendre ne sont pas des

succès ;

CHAPITRE II

 

QUEL PARALLELE PEUT ON FAIRE AVEC LES PUBLICS EN DIFFICULTE

 

Les publics en difficulté d’apprentissage auxquels nous nous intéressons ne sont pas malentendants sur le plan organique ,mais ils le sont du fait de leur inadaptation au milieu scolaire , Iréne Steiner parle de la diversité culturelle ,de l’ impact des religions et des difficultés que cela crée dans un milieu républicain laïc ou les termes “égalité et liberté” sont importants .Une majorité de ces apprenants n’arrivent pas à se situer entre la culture d’origine de leur famille et celle de la société dans laquelle ils vivent ,nous pouvons ajouter à cette catégorie les autochtones dont les familles en grande difficulté n’ apportent  pas de soutien . Leur mère “médiatrice naturelle “ ne peut aider puisqu ‘elle même ne comprend pas les critères  de valeur de la société dans laquelle elle vit. Comme les malentendants ces apprenants se réfugient dans l’agressivité ou l’enfermement. Ils forment des petits clans  qui leur servent de famille avec leur règle ,leur vocabulaire (pauvre en mots ) et leur territoire .Ils n’essaient  pas de s’adapter à une école dont ils ont l’impression qu’elle les rejette ces clans ne se reconnaissent ni dans la culture d’origine ,ni dans  celle du pays d’accueil . En  plus pour les familles d’émigrés, le pays d’accueil ne fait pas vraiment d’effort pour les aider ,souvent par ignorance .Il y a une grande différence de système de vie entre un occidental ,un africain ,un asiatique, les occidentaux ne connaissent pas les cultures de leurs émigrés et c’est parfaitement réciproque . D’ou la formation de petites sociétés fermées( par ethnie ) qui s’isolent ou s’opposent à la société du pays d’accueil .Il en est de même pour certains autochtones qui sont démunis financièrement et culturellement ,ignorants bien souvent de leurs devoirs et de leurs droits .Ils évoluent dans un monde flou et sans repère puisqu’ils n’ont pas appris “ l’histoire de leur pays” Ce sont des personnes qui ne vivent que dans le “quotidien” et qui n’essayent pas d’analyser les situations ,dans lesquelles ils se trouvent.

Nous allons déterminer les difficultés que ces situations engendrent .

 

A) le vocabulaire imprécis et flou   C’est une population qui ne possède qu’un stock de mots limité ,utilisable dans la vie quotidienne ,mais qui ne lui permet que peu d’échanges émaillés d’onomatopées ; dans certain cas ,il s’agit méme d’un langage compris uniquement par les adeptes d’une méme bande .Cette attitude les coupe d’une société dont la langue véhiculaire est le français et de ce fait empéche une participation active en classe .Ces conditions les rendent peu réceptifs à l’enseignement scolaire ( et professionnel ) et plus tard aux instructions du monde du travail.On peut faire l’hypothèse que ces difficultés sont le résultat de  la mauvaise intégration de la famille  émigrée ou non   Une majorité de cette population a des difficultés qu’elle supporte mal et qu’elle ne comprend pas toujours leur milieu familial est mal inséré dans la société ,soit pour des raisons de culture :les familles africaines ,par exemple dont les critères de valeur  et de genre de vie ne correspondent à ceux de la société d’ accueil  ; exemple une assistante sociale ,en visite dans une famille d’émigré s’est étonnée que la famille déjeune assise  sur le sol et non autour d’une table .”

Soit pour des raisons sociales ; chômage ,famille monoparentale en difficulté économique  etc ---Notons aussi que certaines mères ne parlent pas français et ou sont analphabètes , les pères ne comprennent pas non plus la culture du pays d’accueil et même la rejettent ( ex ; la position

de la femme ) , de plus ils sont souvent absents .

Comme le déficient auditif ,ces publics se sentent dévalorisés , jugés “incapables”, et comme le déficient auditif ,ils peuvent devenir agressifs et rejetant ou passifs et rejetant le vocabulaire de ces publics est émaillé d‘onomatopées du genre.”le truc ““je machin , la chose “etc----  sans jamais chercher le mot idoine .

 

B) la situation dans le temps et l’espace   ces apprenants réagissent par impulsion, par image ,sans induction ou déduction , et sans analyse des situations . il sont pourtant “entendant” et devraient pouvoir utiliser les “mots” pour se poser les questions nécessaires.

Ils n’utilisent pas les “mots “pour réfléchir .

Que veut dire “réfléchir” cela revient à chercher sa place par rapport  “a qui “et “a quoi” “à qui “ s’applique  à un élément mobile (ex; un être humain ) “à quoi” s’applique  à un élément  stable (ex; un arbre ou un mur) ces questions ,un enfant stabilisé sur le plan psychologique se les pose implicitement, un malentendant et un enfant  en difficulté ne se les posent pas .

Le problème se retrouve  avec la notion de “temps” ; la journée  se déroule à partir des repères qui sont ; le lever ,le petit déjeuner ,le déjeuner ,le dîner ,le souper entre ces repères il y a diverses activités à programmer  Comment faire ? c’est à ce niveau que l’apprenant en difficulté rencontre des obstacles qu’il a du mal à gérer  par exemple  : “ ai-je le temps d’aller et à l’école et et de faire des courses entre 8h et 12 h 

A partir de ces constatations ,on peut faire un parallèle entre certaines difficultés des déficients auditifs et certaines fonctions déficientes du public étudié ,.Dans les deux cas ,on trouve une perception floue -un langage pauvre -un problème d’ orientation dans l’espace et le temps -une conception vague des formes  .

                                        CHAPITRE III                                                      12                                                 

 

ETUDE DES SOLUTIONS POSSIBLES POUR AIDER CES APPRENANTS

 

Commençons par le vocabulaire qui est la base de la communication et de

l’apprentissage scolaire

 

comment enrichir le vocabulaire

 

il faut procéder comme avec les déficients auditifs ,c’est à dire présenter des activités

de communication afin de mettre les apprenants en confiance

vis à vis d’eux -meme et du médiateur.

Plusieurs méthodes peuvent etre envisagées  ;

A) les descriptions d’images ou de situations par plusieurs participants qui            

favorisent la mise en commun de mots et l’explication de leur sens :  décrire une image,

revient à solliciter l’attention de l’interlocuteur ,et le faire participer aux émotions

que peut suggérer cette image . La participation revient à affirmer ,infirmer ou

corriger les impressions du locuteur ,ce qui entraine la mise en commun de mots et

l’explication des descriptions visuelles .

B) Les périphrases ou les participants doivent deviner le mot correspondant à

l’énoncé de la phrase

B) Les définitions de mots qui sont l’inverse de la périphrase

Ces exercices ont l’avantage de mettre les apprenants en situation de dialogue ,

de les faire réfléchir .On peut d’ailleurs y ajouter les exercices à trou

exemple ; le ------ tire la charrette  remplacer les trous par ;cheval

D) Donner du sens au mot   l’apprenant doit prendre conscience du sens            13

et du poids des mots ,la manipulation des mots permet de les utiliser dans des situations

différentes .Cette manipulation qui commence par une application réfléchie

doit aboutir à un transfert spontané. L apprenant peut  alors développer une

appétence d’utilisation qui l’amène au de là  de la simple reproduction, il comprend

mieux les répercussions de sa parole .

Tous ces exercices ont pour but de donner du sens au “mot” ,de tenir compte des divers

éléments d’une phrase et de ne pas répondre impulsivement ,sans avoir réuni les

données nécessitées par le texte  . Par exemple en français ,les mots “tante “ et “tente”

dont le sens dépend de la phrase .  Le mot “éclaircir”  peut avoir un sens différent

suivant que l’on parle de lumière “éclaircir une pièce”  d’un texte ou d’une chevelure

nous voyons donc l’importance de la place du mot dans la phrase et de la nécessité

de s’intéresser  au  contexte pour éviter les erreurs . Ces mots  ont le mème

son phonétique  mais leur sens dépend de la phrase ,laquelle fait référence à

la situation.

 

2) La situation dans le temps et l’espace

 

ce public  a  besoin d’une pédagogie enrichissante qui lui permettra de réfléchir

et d’utiliser une tactique efficace pour réaliser une tache et la verbaliser

il faut donc travailler avec lui les questions “pourquoi “ et “ comment”

A) POURQUOI    permet d’analyser une situation ,l’apprenant doit dépasser

son habitude de penser par image sans chercher la raison et l’objectif de la tache.

Iréne Steiner ,dans “le role de la langue “ cite les méthodes d’alphabétisation       14

de Paul Freire ,qui décodent ’une situation visualisée en la verbalisant

On retrouve cette forme de travail dans les exercices de situation dans l’espace de

Feurstein (organisation spatiale ) .On travaille la relation entre l’individu et son

environnement ,la compréhension et la formulation des transformations liées

au temps et à l’espace , on aide ainsi l’apprenant à se situer dans ces deux paramètres

pour l’amener à la pensée hypothétique et à la verbalisation du raisonnement

Voici un exemple de cette forme de travail  ; l’apprenant est placé au centre

d’une pièce  et doit verbaliser sa position par  rapport a divers éléments de la

pièce  ;on utilise les mots “devant “ derrière” “à droite “ “à gauche “

on diversifie l’exercice en demandant à l’apprenant de donner des exemples

correspondants à son environnement quotidien ( suivant l’endroit d’ou il vient ,

sa maison sera à droite ou à gauche de la rue )il doit chercher les éléments stables

qui lui servent de repères .

B) COMMENT  permet de trouver un système de  référence stable bien que relatif.

C’est ainsi que l’apprenant découvrira les moyens pour gérer une situation. Si il

trouve sa place dans le temps et l’espace ,il peut décrire des relations spatiales

et se les représenter à travers les changements d’orientation ; il va apprendre

à faire des choix entre plusieurs sources d’information puisqu’il devra

utiliser ; objet /sujet------------position de l’objet /sujet

Il apprend ainsi à réfléchir au travers de positions dans l’espace et le temps

et à relier les situations antérieures aux présentes .                               15

 

3)  création du besoin  En travaillant à partir de l’information ,  en  l’analysant en

la développant et en l’utilisant ,on peut susciter l’intèrét  qui pérennisera le “besoin”

Il s’agit de développer un vocabulaire du “savoir dire” qui donnera aux apprenants la

possibilité d’expliciter leur “savoir faire” . On peut travailler à partir du “savoir dire”

en commencant par des récits courts au vocabulaire précis .

le vocabulaire de ces publics étant flou  , il est nécessaire de les amener à

comprendre l’importance de la signification du mot  . JM Pierre le montre

dans  son exposé  des difficultés des jeunes élèves  dont il a la charge ,

élèves qui présentent des retards de lecture ,et qui ont du mal à

comprendre les consignes .

O n peut aider les apprenants en organisant des jeux de roles ou plusieurs

participants dé fendent un sujet . Ces exercices obligent l’élève à se positionner

                                                                                                                          

face à un éventail d’options ,à décider , à s’investir , et donc à réfléchir et à

percevoir les liens qui existent entre deux situations  . Le but de la médiation

n’est pas d’enseigner de nouveaux savoirs  mais d’utiliser des acquis .

L’apprenant doit trouver des relations ,recréer du sens et dépasser

le “”ici” et maintenant” ,pour devenir explorateur du savoir .

Avant d’ébaucher un programme d’exercices pratiques pour étayer les

constats exposés précédemment  ,il convient de rappeler quelques

définitions que l’on peut  trouver détaillées dans ;

      “Médiation éducative et éducabilité cognitive ,autour du PEI         16

                     Chronique Sociale Lyon

 

Le cognitif désigne tout ce qui a trait aux connaissances et aux conditions

de leur acquisition .La fonction cognitive est la faculté d’apprendre ,la

structure cognitive est la structure logique qui organise la connaissance

par exemple le temps et l’espace ,la cause et l’effet l’ordre etc ---

La médiation  ; est l’action de rapprocher les points de vue d’adversaires

en conflit pour résoudre le conflit .La pédagogie de la médiation doit

permettre à l’apprenant d’utiliser ses connaissances  . Il ne suffit pas de réaliser une tache

mais il faut pouvoir expliciter   l’objectif de la tache et son “pourquoi”

La médiation doit permettre de faire le pont entre l’apprenant et les stimulis

offerts par l’environnement.

La modifiabilitè  est le potentiel de changement de fonctionnement mental et

la propension à celui-ci. Il faut amener l’apprenant à améliorer ses performances

d’apprentissage ,et à utiliser ses potentiels . C’est en se modifiant que l’élève

                                                                                                                              

pourra acquérir de nouvelles structures cognitives .

Cet exposé nous a  démontré l’importance de la connaissance de la langue véhiculaire

du pays d’accueil (pour les familles d’émigrés ) et pour les autochtones en difficulté

d’apprentissage .Ils viennent en majorité de milieu sociaux-culturel défavorisés ou

la communication orale est pauvre et souvent limité au quotidien . Les mères

qui sont les premières médiatrices sont débordées du fait de leur situation

précaires (nombre d’enfant ,difficultés financières) et ne peuvent assurer      17

cette médiation . Ajoutons que certaines d’entre-elles ne parlent pas francais ,

ce qui les isole  un peu plus . Comment aider ces publics à “oser” sortir de

ce milieu fermé et à “oser” utiliser des mots  qu’ils ne savent pas manipuler.

Ils sont dans la méme situation que le déficient auditif bien que leur surdité

ne soit  pas d’ origine sensorielle mais sociale et donc comportementale.

Dans le troisième chapitre de cette étude ,nous tenterons de donner des pistes de travail

pour redonner confiance aux apprenants et les aider à dépasser leurs échecs .

Pour ce faire ,il faut engager une “ médiation pédagogique “ avec des outils

méthodologiques  . Ces outils ne sont que des supports qui vont amener

le sujet à réfléchit sur les procédures à suivre pour atteindre le but souhaité .

 Nous  pouvons utiliser les instruments du PEI  ( programme d’enrichissement

instrumental )  en les prenant comme références de départ et en les faisant manipuler

par le sujet .

Le PEI    est une théorie d’apprentissage médiatisée mise au point par le

                                                                                                                           

professeur Feuerstein . Elle s’appuie sur deux théories indépendantes

1) celle de “la modifiabilité cognitive “ quels que soit l’age et les déficiences du sujet

2)celle de “la médiation” qui facilite le dialogue du sujet et de son environnement

(définitions extraites de Médiation éducative et éducabilité cognitive )

le médiateur est l’intermédiaire entre la notion étudiée et l’apprenant .

Il doit filtrer et organiser les stimuli proposés par l’environnement .

Il utilise les savoirs du sujet pour que celui-ci   se les approprie et

les utilise correctement                                                                            18

Il faut signaler qu’il existe d’autres méthodes de médiation. Ex ;celle de A la garanderie

qui dans “Développez l’intelligence” donne cette définition de l’attention

“ étre attentif, c’est distinguer dans le champs de sa perception ce que

l’on va faire émerger pour le regarder ou l ’écouter de manière spécifique “

Il propose ensuite des exercices d’émulation à travailler .

mais il nous fallait choisir une théorie de médiation pour donner un exemple

de forme de travail .Toutes les méthodes de médiation sont basées sur

“l’attention “accompagnée par le médiateur ,à travers les questions qu’il pose

I Steiner y fait allusion dans “le role de la langue” et j .m Pierre dans les exemples

qu’il  développe ;

                                        CHAPITRE IV

 

EBAUCHE D’UN PROGRAMME DE MEDIATION                                 19

 

Face à un sujet démotivé par des échecs scolaires répétés ,parfois hostile ( c’est un moyen

de défense ) ,le médiateur doit rassurer et éveiller l’intéret pour les activités présentées

Un exemple de ce type d’apprenant  a été proposé par JM Pierre   :

Dimitri P ;  arrivé en sixième  avec un vocabulaire pauvre , des défauts d’élocution ,

une mauvaise prononciation et un retard de lecture important .Face à ses professeurs

et après essais  de lecture infructueux ,Dimitri pleurait puis devenait violent  .

Les professeurs ayant remarqué des difficultés visuelles ,Dimitri obtint des

                                                                                                                                            

des lunettes .Cet élément de confort visuel n’a pas amélioré la lecture d’ou

de nouveaux pleurs et de nouvelles violences .Il a été alors décidé de l’aider

par des méthodes de médiation .

Le travail principal pour cet enfant consistait à lui redonner confiance /en lui et à lui 

prouver qu’ il était capable d’accomplir une tache complexe .

C’est la “ médiation de la compétence” ,Il faut arriver à impliquer le

sujet dans l’activité ,le médiateur jouant le role de partenaire qui

               guide  mais n’enseigne pas . il guide en posant des questions qui

sollicitent l’élève  pour qu’il réfléchisse avant d’agir

Nous avons signalé le comportement impulsif de ce type d’apprenant qui a des images

plaquées sur des situations ponctuelles ,il est  nécessaire de travailler  “la transcendance”

en lui faisant chercher le lien existant entre l’activité actuelle  et des activités antérieures

Pendant tous ces exercices il faut veiller à utiliser un vocabulaire précis .

Nous allons utiliser trois fiches des instruments du PEI ( méthode Feuerstein)

pour aider l’ apprenant à se “reconquérir “

Instrument “ organisation de points “ ( OP) voir la fiche 1 ci jointe )

qu’ allons nous travailler  ?

1) aider l’apprenant à “ organiser son environnement “

2) à établir des relations entre des objets ,des événement indépendants pour

donner un sens à son environnement

3) à trouver la constance des formes et des dimensions dans des orientations

différentes

4) à rechercher une stratégie efficace .

Face à la page de points le sujet va apprendre à trouver les  figures  proposées

dans des orientations  différentes . Lui faire préciser les caractéristiques des

figures est une bonne précaution.                                                 20

Cet exercice axé sur l’organisation de l’environnement  permet d’arriver à

établir des relations entre des événements  .

    Le médiateur part  :

des prés-requis  -    pour arriver   -  à une meilleure utilisation des connaissences

    Comment ?

                                        le médiateur va travailler

                        /                           sur                              /

                        /                            /                                /

        l’ordre                    la succession                    les étapes qui demandent de

                                                                                    l’implication

                                                                                                               21

L’apprenant doit chercher la consigne ,puis au travers de l’exploration visuelle

trouver les formes identiques quelque soient les orientations . Pour ce faire il

doit trier les informations pour choisir celles qui lui permettront de répondre

à la consigne le plus efficacement possible .

C’ est” la médiation de la tache  et de son but “

Après quelques exercices l’ apprenant s’ habitue à réfléchir avant de répondre ,

à utiliser des mots adaptés .Pour qu’il utilise ces mots ,il faut s’assurer que

le vocabulaire correspondant à l ‘exercice est connu de l’apprenant et qu’il

peut donner des définitions .Sans cette connaissance du vocabulaire ,il

ne peut pas progresser .                                                                                       

L instrument  OP  travaille   ;

le controle de l’impulsivité

la recherche de la consigne

la précision du vocabulaire                                                                          

la nécessité ,lorsqu’une tache se présente de se poser les questions suivantes

            que dois- je faire ?   comment le faire ?

         pourquoi le faire ? comment utiliser ce que je connais ?

 la médiation de la compétence est une manière de montrer à l’apprenant

qu’il a des ressources qu’il peut utiliser  , c’est aussi travailler la

relation avec d’autres situations similaires dans la vie quotidienne

ou les mémes formes de travail peuvent étre utiliser ;

 ,                                                                                                                          22

Pour compléter ce travail ,nous choisissons l’instrument “ organisation spatiale”.

“OS1” est axé sur la relation de l’homme avec son environnement et sur la

compréhension et la définition des transformations liées à l’espace .

(voir fiche ci-jointe ),il y a une progression dans les fiches  puisqu’elles

passent de figures illustrées, à des flèches   qui reprennent les memes

exercices . Le but de ces fiches est de procurer à l’apprenant un système

de référence stable, bien que relatif, à partir duquel il est possible de

décrire et de comprendre les relations spatiales .

La fiche que nous avons choisi permet :

1) percevoir les changements suivant la position du garçon 

constance de l’objet (le garçon ) à travers les changements de position

( de dos - de face - à droite - à gauche  )

2) d’intérioriser en comparant les quatre positions du garçon

3)de différencier les éléments stables qui sont des repères  ( maison -banc-etc)

                                                                                                                                   

des éléments mobiles ( le garçon )

On espère ainsi amener le sujet à mieux se situer dans l’espace ,à se décentrer

( = adopter un autre point que le sien ) L a progression est la meme que pour OP

chaque fiche présente une difficulté supplémentaire que l’ apprenant doit

affronter et résoudre .Comme dans OP , il doit dépasser le “ici et maintenant “

imaginer des stratégies de contournement pour gérer des situations

inhabituelles pour lui Pour organiser son espace le sujet doit  avoir une

                                                                                                                 23

activité perceptive et cognitive ,recueillir les informations reçues par le

canal visuel ,les interpréter en leur donnant du sens .

A partir de ces exercices l’apprenant doit trouver dans son quotidien des situations

similaires à celles des exercices .

Nous allons compléter cette ébauche de travail médiatisé par la fiche extraite

de l’instrument “relations familiales

Le but de cet instrument est de trouver sa place dans la société , de la comprendre

Le noyau familial est la première société à laquelle est confronté l’enfant  . dans un

premier temps on doit préciser la place de chaque membre de la famille

         qui est qui ? quel est le role de chacun  ?

le Père ----la Mère----la fratrie---les Collatéraux

en déduire la hiérarchie et les devoirs de chaque intervenants vis à vis   des autres

                                                                                                                                          

A partir de ce schéma  ,on peut élargir la recherche à l’école avec des intervenants

différents  dont la hiérarchie et le fonctionnement restent proches de ceux de    

la famille .

 Père ---------------Directeur d’école----------Chef d’une communauté

Mère---------------Professeur-------------------protége ,enseigne ,soutient

Fratrie------------ ----- -Elève   ----------c’est une relation de symétrie

Collatéraux -------------Personnel non enseignant--------- relation plus

                                                                                         lointaine

en avançant dans le raisonnement on arrive à la place que l’on

occupe dans le monde du travail                                                                24

Patron---------------Chef de service---------Collègues-----Eléments extérieurs

                                                                                      à l’entreprise

en étudiant  la hiérarchie ,on fait apparaitre les devoirs et les droits de

chaque participant ,dans le cadre de la famille ,puis dans celui de l’école

dans la vie professionnelle et enfin en tant que citoyen .

Chef d’Etat------Gouvernement---------Ministre--------Administration 

Les  apprenants ont besoin de se situer dans la société mais aussi de conserver

leur identité à travers les roles qu’il doit jouer :

fils ou fille---frère ou soeur---élève---père ou mère-----professionnel---citoyen

C’est en ce sens que le travail médiatisé peut aider l’apprenant à se connaitre ,

à se reconquérir, à mesurer la possibilité  de s’ améliorer sachant que chacun

a simultanément plusieurs casquettes et donc plusieurs roles

                            

 

 

                                                                                                                    

 

                            CONCLUSION

 

Si l’on se réfère aux modèles du développement cognitif ,on remarque qu’ils ont

en commun de considérer qu’ une construction effective de l homme est le résultat

d’une activité qui permet au sujet d’organiser les informations ,en provenance du milieu,

de les mettre en relation et de les traiter Ce sont précisément   les manques que nous

observons chez les publics en difficulté Le parallèle avec les déficients auditifs  nous

permet de mieux comprendre les  difficultés du public entendant

                                                                                                                                      25

mais bloqué sur le plan de la communication par des obstacles qui proviennent

souvent de leur environnement ,de leur origine ,ou des difficultés familiale

Si l  on reprend la définition de l’intégration  ; c’est un processus ethnologique durant

lequel un étranger devient membre d’une communauté .

On s’aperçoit  que les publics en difficulté pour des raisons physiologiques ou

sociales se considèrent comme étranger au groupe scolaire. Ils se sentent rejetés puisqu’

à leur yeux ils n’ont pas les mèmes aptitudes. De plus certains ne trouvent pas une

aide efficace chez eux ,méme dans les familles chaleureuses ,tout simplement

parce que leur entourage ne comprend pas le problème ou ne l’assume pas

pour concrétiser  cette constatation ,nous allons prendre les cas de quatre

enfants déficients auditif d’intelligence et de surdité similaires

1 ) Françoise ,française de souche et Nadia beur dont la famille parle kabile

à la maison

Ces deux filles ont réussi leur intégration en milieu normale ,grace au soutien affectif 

des parents et au soutiens techniques de l’orthophonie et de la psychologie

2 ) Colette et Hamid qui présentent en plus de la surdité des problèmes de comportement

Les familles sont en difficulté ,indifférentes aux progrés des enfants ( une mére

épisodique pour l’une ,un père alcoolique pour l’autre ). Dans  leur cas , l’intégration

a été chaotique et peu satisfaisante malgrés les soutiens techniques (orthophonique

et psychologique )

On retrouve chez les élèves de jm Pierre ,les mémes difficultés d’intégration en milieu

scolaire que Colette et Hamid bien que ces élèves soient entendants .

On constate chez eux ;

le vocabulaire pauvre et imprécis , les difficultés de communication , les problèmes

familiaux , la peur d’ etre jugé par leur environnement et surtout la  sensation de

“ rejet” qu’ils ressentent très fortement . Ils préfèrent rester dans un monde dont

ils ne se sentent pas exclus .

De ces constatations ,on peut conclure qu’une intégration réussie ne se construit

que dans le cas ou la personne se sent acceptée dans un réseau social ou

l’estime de soi  sera élaborée en interaction avec ses pairs grace à la langue ,

aux échanges de représentation ( les cultures différentes sont enrichissantes )

et d’ idées .